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La non-violence n’existe pas. Elle se pratique.

Non-violence · Management · Gouvernance
La non-violence n’existe pas. Elle se pratique.

La non-violence au travail n’est ni une posture angélique ni une absence permanente de colère. C’est une discipline lucide : reconnaître ce qui blesse, comprendre ce qui s’est joué et choisir de répondre sans humilier, dominer ou nier le conflit.

Par Laetitia Gettliffe Lecture : environ 7 minutes Communication et responsabilité relationnelle

La non-violence au travail n’est pas un état que l’on atteindrait définitivement. Elle n’existe qu’en mouvement, dans l’effort conscient de voir la violence ordinaire et de choisir une autre manière d’agir.

Il n’existe pas d’humain sans colère, sans peur ni maladresse. Aucune journée ne se déroule sans un mot trop rapide, un silence mal interprété ou une tension que l’on préfère laisser de côté.

Nous sommes parfois blessés. Nous blessons aussi, souvent sans l’avoir décidé, parce que nous allons trop vite, parce que nous avons peur ou parce que nous ne savons pas encore faire autrement.

La non-violence n’est pas la paix. C’est le courage de regarder la guerre en soi.

Un mot à employer avec précision

Tout désaccord, toute frustration ou toute décision difficile ne constitue pas une violence. L’enjeu est de repérer ce qui attaque la dignité, empêche durablement la parole ou impose une contrainte sans possibilité de dialogue et de réparation.

Non-violence au travail : voir la violence ordinaire

La violence ordinaire ne hurle pas toujours. Elle se glisse dans un soupir agacé, un message envoyé tard le soir, une réunion où personne n’écoute vraiment ou un feedback formulé comme un jugement.

Elle peut même s’habiller de bienveillance. Le compliment devient conditionnel, le conseil masque une injonction et le souci d’efficacité justifie une parole qui écrase.

Le « tu » accusateur

« Tu ne comprends jamais » transforme une difficulté située en jugement global sur la personne.

Le compliment conditionnel

« C’est bien, pour quelqu’un comme toi » semble valoriser, mais maintient une hiérarchie implicite.

Le feedback qui enferme

« Tu es trop sensible » décrit une identité au lieu d’examiner une situation, un comportement ou un besoin.

Le silence qui abandonne

Ne rien dire devant une humiliation peut laisser la personne seule face à ce qui vient de se produire.

La violence ordinaire, c’est la trace laissée par ce que l’on n’a pas pris le temps d’entendre.

La non-violence comme discipline de lucidité

Être non-violent ne signifie pas ne jamais se mettre en colère. Cela signifie apprendre à sentir le moment où la colère devient une arme, où le besoin devient une injonction et où la peur commence à manipuler la relation.

Cette lucidité exige de regarder les mécanismes qui nous traversent sans les transformer immédiatement en excuses.

La peur de perdre le contrôle et de ne plus maîtriser la situation.
La culpabilité de déplaire ou de poser une limite.
La confusion entre exigence professionnelle et pression relationnelle.
Le besoin d’avoir raison pour conserver une place ou une légitimité.

La non-violence commence lorsque je reconnais la part de violence dans ma manière d’agir, sans la nier, sans la justifier et sans réduire toute ma personne à cette maladresse.

Non-violence au travail : transformer la colère en clarté

La colère n’est pas l’ennemie de la non-violence. Elle peut signaler qu’une limite a été franchie, qu’un besoin n’est plus entendu ou qu’une situation devient injuste.

Le problème apparaît lorsque la colère est utilisée pour menacer, humilier ou imposer. À l’inverse, elle peut devenir une énergie permettant de nommer ce qui ne peut plus continuer.

La colère comme arme

Elle vise la personne, généralise, disqualifie et cherche à obtenir l’obéissance par la peur.

« Tu es incapable de gérer ce sujet. »

La colère comme signal

Elle nomme un fait, son effet et la limite nécessaire pour protéger la suite de la relation.

« Je ne peux pas poursuivre cet échange si nous nous interrompons et nous attaquons. »

La non-violence ne supprime pas le conflit. Elle lui rend sa dignité.

La violence invisible dans l’organisation du travail

Dans l’entreprise, la violence ne se limite pas aux comportements individuels. Elle peut aussi être produite par l’organisation : des rôles flous, des priorités contradictoires, une charge impossible à réguler ou des décisions arbitraires.

L’INRS rappelle que la surcharge, le manque de marges de manœuvre, les objectifs flous, les ordres contradictoires et le manque de moyens constituent des facteurs de stress professionnel.

Les règles restent floues

Les personnes doivent deviner les priorités, les responsabilités et les critères selon lesquels leur travail sera évalué.

Les contraintes augmentent

Les objectifs évoluent, mais les moyens, le temps et les marges de décision ne suivent pas.

Le désaccord devient dangereux

Signaler un problème est interprété comme un manque d’engagement, une fragilité ou une résistance au changement.

Dans nos audits RH et RSE, nous observons que les collaborateurs ne réclament pas une organisation parfaite. Ils demandent surtout de la cohérence entre les règles annoncées, les décisions prises et le travail qu’ils doivent réellement accomplir.

« J’ai besoin de comprendre. »
« J’ai besoin de temps. »
« Je ne suis pas d’accord. »

Une culture de non-violence permet que ces phrases soient entendues comme des informations utiles, et non comme des attaques contre l’autorité ou la performance.

Cette réflexion prolonge celle développée dans notre article « Ce n’est pas moi qui suis fragile. C’est ton organisation qui est toxique ! » .

Non-violence au travail et gouvernance responsable

L’ISO 26000 présente sept questions centrales de responsabilité sociétale, parmi lesquelles figure la gouvernance de l’organisation. La norme ne parle pas directement de « gouvernance non-violente », mais elle invite les organisations à intégrer la responsabilité dans leurs décisions et leurs pratiques.

Une gouvernance attentive à la non-violence peut s’appuyer sur trois engagements très concrets.

Écouter avant de trancher

La décision reste possible. Cependant, elle est précédée d’une compréhension des besoins, des contraintes et des conséquences pour les personnes concernées.

Distribuer le pouvoir d’agir

Les équipes disposent de marges réelles pour ajuster le travail, signaler une difficulté et proposer une réponse adaptée.

Regarder les effets humains des décisions

Une décision n’est pas évaluée uniquement selon son résultat financier. Sa charge, ses exclusions et ses conséquences relationnelles sont également examinées.

Une telle gouvernance reste humble. Elle reconnaît qu’une décision peut produire des effets injustes ou blessants, même lorsqu’elle n’était pas animée par une intention de nuire.

Cette capacité d’ajustement rejoint notre approche de la gouvernance responsable.

Réparer plutôt que chercher à devenir irréprochable

La non-violence n’est pas un projet de perfection. Chercher à ne jamais blesser pourrait conduire à éviter les conversations difficiles, dissimuler les désaccords ou nier les effets de nos actes.

Une discipline relationnelle plus réaliste consiste à apprendre à réparer.

Voir

Reconnaître ce qui s’est produit sans minimiser ni dramatiser.

Écouter

Comprendre l’effet vécu sans imposer immédiatement son intention.

Assumer

Prendre sa part de responsabilité sans chercher un coupable unique.

Ajuster

Modifier une parole, une règle ou une pratique afin d’éviter la répétition.

Les Nations Unies rappellent que l’action non violente ne consiste pas à ignorer le conflit ni à accepter la soumission. Elle cherche à agir sur le rapport de force sans recourir à la violence. Consulter la ressource des Nations Unies.

L’INRS identifie la surcharge, les objectifs flous, les ordres contradictoires, le manque de moyens et l’insuffisance des marges de manœuvre parmi les facteurs de stress professionnel. Consulter la ressource de l’INRS.

L’ISO 26000 propose des lignes directrices pour intégrer la responsabilité sociétale aux décisions, aux pratiques et aux relations avec les parties prenantes. Consulter la présentation de l’ISO 26000.

À retenir

La non-violence est une discipline du lien

La non-violence n’est pas une posture idéale. Elle demande de la lucidité, du temps et une forme de bienveillance envers nos propres maladresses comme envers celles des autres.

Elle ne nous dispense ni du conflit, ni de la colère, ni de l’exigence. Elle nous apprend à les traverser sans réduire l’autre, sans nous effacer et sans renoncer à réparer.

Et si la non-violence n’était pas un état, mais l’art de se rencontrer sans se détruire ?

La non-violence ne nous rend pas meilleurs. Elle nous rend présents.

Quelles phrases ferment le dialogue sans que nous nous en rendions compte ?

Découvrez notre parcours interactif consacré à dix formulations que l’on croit bienveillantes, mais qui peuvent empêcher l’autre de répondre, de préciser ou de se sentir entendu.

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