Quand la conscience ne suffit plus à protéger : santé du dirigeant, accident de vie et redéfinition de la force
En tant que chef d’entreprise, on croit souvent être conscient de ce que l’on porte. Mais on confond parfois conscience et capacité à encaisser. Or l’accident vient révéler une vérité plus rude : savoir que l’on tire sur la corde ne protège pas de la rupture.
Quels soutiens existent réellement quand le dirigeant, celui qui tient d’ordinaire, devient celui qu’il faut soutenir ?
on accepte des charges, des renoncements et parfois même des atteintes à soi que l’on n’aurait jamais jugées acceptables pour quelqu’un d’autre. On appelle cela engagement, responsabilité, endurance. Mais parfois, avec le recul, il faut le nommer autrement. la conscience ne consiste pas seulement à voir la charge ; elle consiste aussi à reconnaître ce qu’on n’aurait jamais dû normaliser.
La protection sociale du dirigeant dépend d’abord de son statut, notamment TNS ou assimilé salarié. Pour les indépendants, il existe des indemnités journalières sous conditions, un accompagnement du service social de l’Assurance Maladie pour prévenir la désinsertion professionnelle, et le dispositif coordonné Help pour les travailleurs indépendants en difficulté médicale, sociale ou financière. Pour les situations de souffrance psychique aiguë, le dispositif APESA propose aussi un soutien psychologique gratuit et confidentiel aux entrepreneurs.
Les aides existent, mais elles n’effacent pas la sidération identitaire. Car pour un dirigeant, l’accident ne touche pas seulement le corps ou l’agenda ; il touche l’image de soi, la place dans l’organisation, la capacité à protéger, à décider, à porter. Où se situe la force quand on ne peut plus être celle qui assure ?
On croit souvent que la force d’un dirigeant se mesure à ce qu’il supporte. L’accident m’apprend qu’elle se mesure peut-être davantage à sa capacité à reconnaître ses limites, à activer les soutiens et à habiter autrement sa place.
En tant que dirigeant, on apprend très tôt à vivre avec une certaine conscience de la charge. On sait que cela coûte. On sait qu’il faut de l’endurance, de la solidité, une forme de disponibilité permanente. On sait aussi, parfois, que l’on accepte plus que l’on ne devrait.
Mais cette conscience-là ne prépare pas à l’accident. Elle ne prépare pas au moment où la vie vous arrête net et vous oblige à revoir non seulement votre organisation, mais votre manière même de vous définir. Car lorsque celui ou celle qui tenait devient celui ou celle qu’il faut soutenir, une autre question surgit : où se situe, désormais, la vraie force ?
