Ce que je vois, ce que je ne vois pas

Sobriété numérique en entreprise : voir pour agir
Sobriété numérique · TPE · Organisation du travail
Ce que je vois, ce que je ne vois pas

Sobriété numérique en entreprise : elle commence parfois sans mesure parfaite ni grand plan d’action. Elle commence par une question plus modeste : que produit réellement notre besoin de tout conserver, tout imprimer et tout dupliquer pour continuer à nous sentir en maîtrise ?

Par Laetitia Gettliffe CEO et fondatrice de Skill Connection Lecture : environ 6 minutes

Sobriété numérique en entreprise : il est facile de l’invoquer, mais beaucoup plus difficile de l’observer lorsque l’on dirige une petite structure.

D’abord, je sais compter mes outils. Pour gérer la formation, j’en utilise six. Parfois davantage, si j’ajoute les petits auxiliaires qui se glissent entre deux tâches.

Ensuite, je sais que j’imprime encore, que j’envoie beaucoup de mails et que je duplique parfois un document « pour me rassurer ».

Ainsi, tout cela reste visible et concret. C’est mon quotidien de petite structure, où le temps est compté et où chaque outil a été adopté pour une bonne raison à un moment donné.

Pourtant, je n’ai pas la réponse. Je n’ai pas davantage envie de faire semblant de l’avoir.

Sobriété numérique en entreprise : ce que je vois et ce qui m’échappe

Ce que je vois

Six outils, une imprimante, des mails, des pièces jointes et des copies de documents.

Je vois aussi le confort qu’ils m’apportent : retrouver une trace, vérifier l’avancement et limiter la peur d’avoir perdu une information.

Ce que je ne vois pas

Le poids annuel des pièces jointes, des synchronisations, des sauvegardes automatiques et des versions « final_v3_def ».

Je ne vois pas clairement non plus l’addition écologique, organisationnelle et mentale de tout ce système.

Concrètement, combien pèse une année de pièces jointes envoyées en copie ? Combien de gigaoctets occupent les versions que je conserve « au cas où » ?

Par ailleurs, quelle est l’empreinte réelle de mes six outils mis bout à bout, entre stockage, synchronisations en arrière-plan et sauvegardes ?

En revanche, je ne possède pas encore ces chiffres. Cette absence ne m’autorise ni à inventer une réponse, ni à détourner le regard.

La réalité d’une toute petite structure

Dans une toute petite structure, la sobriété numérique en entreprise ne repose pas sur une équipe dédiée. J’ai des clients, des formations à livrer, une gestion à tenir et le souhait sincère de faire mieux sans me raconter d’histoires.

Sobriété numérique en entreprise : papier ou vues dynamiques ?

D’abord, mon imprimante m’a longtemps servi de repère. Imprimer, annoter et surligner me permettaient de voir physiquement l’avancement.

À l’inverse, mon alternante n’a pas d’imprimante. Elle voit autrement : des vues simples, un tableau vivant et des filtres qui donnent une photographie du travail en cours.

Ma manière de voir

La trace physique

Le papier rend le travail tangible. Il permet d’annoter, de déplacer et de matérialiser ce qui est terminé ou reste à traiter.

Une autre manière de voir

La vue dynamique

Une base unique et plusieurs vues permettent de suivre le travail sans multiplier les fichiers et les impressions.

Ainsi, deux générations et deux habitudes cherchent le même résultat : de la visibilité, du sens et de la sérénité.

La question plus honnête

De quoi ai-je besoin pour me sentir en maîtrise, et comment l’obtenir sans empiler des traces partout ?

Sobriété numérique en entreprise : choisir une attitude avant l’outil

Alors, que faire lorsque l’on est petit, pressé, mais conscient ?

Pourtant, je ne vais pas dérouler une liste de solutions parfaites. Je choisis d’abord une attitude : regarder mon travail au plus près, sans culpabilité, afin de rendre visible l’invisible.

Autrement dit, il ne s’agit pas de réaliser le bilan carbone de toute ma vie professionnelle, mais de comprendre mon propre système.

Nommer

Identifier ce qui me rassure : imprimer, dupliquer, envoyer une pièce jointe ou conserver une copie.

Repérer

Trouver l’endroit où habite la vérité de l’information : la source de référence, et non toutes ses copies.

Choisir

Installer une manière de voir sans multiplier : une vue, un repère ou un rituel court.

Pour moi, la sobriété numérique en entreprise commence par réduire le doute qui pousse à tout conserver, avant même de compter précisément les gigaoctets.

Sobriété numérique en entreprise : un mois pour observer

Concrètement, pendant un mois, je peux observer sans chercher immédiatement à tout corriger.

Ainsi, l’objectif n’est pas de produire un audit complexe. Il consiste à repérer les gestes répétés, leur fonction et les endroits où une alternative simple devient possible.

Observer sans juger

Noter les moments où j’imprime, duplique ou joins un fichier, ainsi que la raison concrète de ce geste.

Identifier la source de référence

Pour chaque dossier récurrent, désigner le document ou l’espace dans lequel l’information doit être tenue à jour.

Tester une autre visibilité

Remplacer une copie par un lien, une impression par une vue synthétique ou une relance par un rituel de suivi.

Regarder ce qui a réellement changé

Comparer les usages avant et après, sans transformer chaque écart en faute ni chaque progrès en preuve absolue.

Sobriété numérique en entreprise : quatre indicateurs simples

Après un mois, je disposerai peut-être de quelques chiffres simples. Ils ne mesureront pas toute l’empreinte du numérique. En revanche, ils rendront mon fonctionnement plus lisible.

Pièces jointes

Nombre de fichiers envoyés alors qu’un lien vers une source partagée aurait suffi.

Versions

Nombre de copies actives d’un même document et capacité à identifier la version de référence.

Impressions

Pages imprimées et besoin auquel l’impression répondait réellement.

Outils

Services réellement utilisés, fonctions redondantes et outils conservés sans usage clair.

Ainsi, je partagerai peut-être moins de pièces jointes, je conserverai moins de versions et je verrai mieux le travail en cours.

Surtout, j’aurai peut-être des mots plus justes pour expliquer mes habitudes et ce dont j’ai besoin pour travailler sereinement.

Sobriété numérique en entreprise : agir sans rechercher la perfection

D’abord, ces gestes suffisent-ils pour être « RSE » ? Je ne crois pas que la responsabilité se décrète à coups de labels ou de grandes résolutions.

Pour moi, ici et maintenant, elle commence plutôt par le refus de l’aveuglement.

Ce que je ne cherche pas

Produire une culpabilité supplémentaire, prétendre connaître une empreinte que je n’ai pas mesurée ou supprimer des outils dont l’usage reste nécessaire.

Ce que je peux commencer

Reconnaître le coût écologique, organisationnel et mental de mon fonctionnement, puis chercher une visibilité qui évite les copies inutiles.

En pratique, c’est peu spectaculaire. C’est aussi à ma portée.

Voir mieux pour agir mieux, à mon échelle.

L’ADEME propose aux entreprises de toutes tailles d’engager une démarche de numérique responsable fondée notamment sur la sobriété, l’écoconception et l’allongement de la durée de vie des équipements. Consulter les ressources de l’ADEME .

La mission interministérielle Numérique écoresponsable recommande notamment de limiter les destinataires, de préférer un lien à une pièce jointe et de ne conserver que les messages utiles. Consulter les bonnes pratiques de messagerie .

Le Référentiel général d’écoconception des services numériques rappelle que le stockage a un impact et recommande de définir des durées d’archivage ou de suppression pour les données devenues inutiles. Consulter le critère sur la conservation .

La CNIL rappelle que les données personnelles ne peuvent pas être conservées indéfiniment et que leur durée de conservation doit correspondre à l’objectif poursuivi. Consulter les recommandations de la CNIL .

Enfin, cette réflexion rejoint notre article consacré à une gouvernance responsable fondée sur une seule base et plusieurs vues . Dans les deux cas, l’objectif reste le même : retrouver de la visibilité sans multiplier les sources concurrentes.

À retenir

Sobriété numérique en entreprise : commencer par une question vraie

D’abord, je n’ai pas besoin de connaître immédiatement l’empreinte exacte de chacun de mes gestes pour commencer à les observer.

Ensuite, je peux distinguer ce qui m’aide réellement de ce qui me rassure seulement parce que je ne vois pas assez bien mon propre système.

En définitive, de quoi avez-vous besoin pour voir sans tout garder ? La réponse n’a pas à être parfaite. Elle a simplement besoin d’être vraie, là où vous en êtes.

Laisser un commentaire